Le Déterrage

La première des choses à posséder avant tout ce sont les chiens

Il existe plusieurs races de chiens pour la chasse sous terre. En ce qui me concerne, j'ai actuellement du Fox Terrier  avec une très grande majorité de poils durs.

Ces derniers me paraissent plus agiles à passer car peut-être plus forts, surtout beaucoup plus bavards quand il le faut c'est-à-dire devant l'animal, alors que les poils lisses qui me reste, ne le seraient assez qu'au chenil.

Le nombre de chiens aptes à chasser doit être suffisant (un peu plus que le minimum requis pour obtenir son agrément de meute) mais sans être exagéré si l'on ne déterre pas 3 ou 4 fois par semaine en pleine saison. (il faut reconnaître que dans ce cas-là, il y a souvent à se passer de certains chiens suite à la fatigue ou bien plus souvent à des blessures).

Il faut également posséder une souche de jeunes qui eux aussi doivent apprendre.

Arrivés sur les lieux du déterrage

 Une brève inspection nous permet de vérifier l'opportunité de l'attaque par le type d'animal que nous risquons de rencontrer (il peut arriver que l'on nous appelle pour un déterrage de renards alors qu'en arrivant sur les lieux nous constatons que manifestement nous avons affaire à des blaireaux et là, si nous sommes en dehors de la période autorisée, pas question de continuer ...

Si par contre tout indique que nous pouvons poursuivre, nous essayons tout d'abord d'éclaircir un peu le terrain en ôtant les ronces et saletés qui peuvent couvrir le lieu, empêchant l'accès et la surveillance des trous. Il ne faut pas oublier que si un chien attaque sous terre, pour suivre l'évolution de sa chasse et l'aider en creusant, il faudra de toute façon nettoyer les épines auparavant, alors autant le faire tout de suite.

C'est d'ailleurs la période qui paraît la plus longue aux yeux des néophytes qui viennent nous voir évoluer, car pour eux rien ne nous empêcherait de mettre les chiens dès le début.  Il faut dire que nous avons, un certain temps fait de la sorte, c'est-à-dire essayé de remuer le moins possible les abords avant de mettre les chiens à l'attaque de nichées de renards.

Cela évitait sans doute que les renardeaux ne se retranchent trop au fond avant que les chiens n'entrent et nous a sans doute aidé quand nos chiens n'étaient pas assez fins de nez ou pas assez chercheurs.

                                        

Cas de figure classique,

Une fois que tout est nettoyé, nous localisons mieux l'emplacements des trous ce qui nous permet, pendant le déroulement de la chasse de pouvoir tous les surveiller. Ce qui nous permet d'éviter la fuite d'animaux (renards ou blaireau adultes) qui profitent du relâchement d'un chien et de l'inattention des hommes pour se faire la belle.

La déontologie de la chasse sous terre veut que l'on ne mette qu'un seul chien au travail à la fois et c'est ce que je ne fais que rarement, en effet, le préfère travailler avec plusieurs chiens (2 parfois 3 habitués à travailler ensemble). d'une manière générale,le premier chien est mis, (en principe) à l'entrée qui paraît la plus fréquentée.

Il vaut mieux faire entrer le chien par un trou le plus bas ainsi qu'à bon vent (oui même sous terre le vent a son importance : il n'y a, par jour de vent, qu'à se mettre devant une gueule de terrier à bon vent et sentir le courant d'air, et donc d'odeurs, qui en sorte pour comprendre qu'un chien mis à cette entrée aura connaissance d'un animal même assez éloigné dans la garenne, alors que même chien mis à une autre gueule avec le vent dans le cul, ne sentira pas l'animal qui est proche de lui.

Le chien crie ,

suivant comment le chien crie et sa façon de le faire, nous savons si l'animal est face à lui ou le chien ne peut rejoindre l'animal (un boyau trop étroit, une pierre, un siphon,...). Dans un premier temps il faut laisser l'action se stabiliser (il arrive souvent que la chasse se déplace plusieurs fois, notamment au blaireau, et toujours en s'enfonçant ), car le principe de la chasse sous terre étant de faire acculer un animal par un chien avant de l'y rejoindre en creusant afin de le prendre soi-même.

(Pour ma part mon principe (bon ou mauvais) mais sûrement efficace (en gain de temps et en gain d'énergie) est d'éviter au maximum de creuser. J'asseye donc à chaque fois de faire sortir l'animal pour le réguler au fusil (je lui laisse donc une chance supplémentaire) ou de le faire tuer aux chiens).

A ce moment-là il faut un silence maximum pour pouvoir entendre la progression du chien car la chasse ira souvent en devenant de moins en moins audible, puisque souvent elle va de plus en plus profond. Un bon chien doit pouvoir maintenir son animal acculé sans entrer trop en contact direct (sans se faire trop mordre), pendant des heures s'il le faut, le temps de localiser le lieu exact de l'accul .

Pour localiser, la tâche est plus ou moins difficile selon le type de terre ou de roche qui entoure les lieux, car les sons résonnent différemment et peuvent quelques fois nous tromper . Avant de sonder, je commence par écouter par-dessus la garenne, debout, pour faire le tri entre les sons provenant des trous ouverts et ceux qui parviennent directement à travers le sol. Nous avons des sondes assez fines et longues ou une barre à mine, mais à utiliser avec prudence (à ne pas laisser entre les mains d'un non déterreur).

En principe au bout de 4 ou 5 coups de sonde, on a la galerie, ou une galerie voisine. (J'utilise toujours la technique de l'écoute à la sonde à chaque coup de sonde, surtout si je suis en dehors d'une galerie, car la différence des sons y est bien plus significative que dans la galerie). Il faut toujours faire attention en cas d'animaux adultes à ne pas sonder au-delà ni même au-dessus de l'animal chassé pour ne pas risquer de le faire charger le chien.

Quand le tête-à-tête est bien localisé, il faut creuser un trou assez long et assez large afin de prévoir l'éventualité d'une grande profondeur car si elle doit descendre à 2m ou plus il faudra être a l'aise dans le fond pour pouvoir continuer à creuser. Eviter de ne faire qu'un trou qui au début ira vite, mais qui sera exiguë pour continuer à creuser par manque de place. C'est là que le courage et la forme physique ne doivent pas manquer ainsi que l'esprit d'équipe afin d'assurer les relais.

Dès que l'on arrive sur la fameuse galerie, il faut éviter de l'ouvrir tout de suite et si par mégarde un coup de pelle ou de pioche l'ouvre trop tôt, nous l'obstruons momentanément avec une pelle à plat pour dégager la terre plus à l'aise

Quand la galerie est dégagée il faut observer, à la lampe torche, si on est bien là où l'on pensait, c'est-à-dire idéalement juste au chien. Parfois on constate qu'il y a encore à progresser latéralement (c'est là que l'on comprend la nécessité de faire un trou assez grand) soit parce que le sondage était un peu imprécis, soit parce que l'animal s'est déplacé.

C'est d'ailleurs ce qui arrive souvent au blaireau dans certaines grandes terres (une surface de 50 à 60 m de long et 15 à 20 m de large truffée de galeries sur plusieurs étages appelées HLM) où il est très difficile d'acculer un adulte

Si le chien est là, avec l'animal chassé face à lui, il faut tout d'abord se méfier de l'accrochage en ouvrant trop vite vers l'animal, ce qui donne de l'assurance au chien. il faut refermer la galerie derrière le chien avec de la terre, une roche ou une pelle (pour éviter que l'animal échappe au chien et ne reparte dans la garenne).

Parfois on peut profiter de la situation de cet animal acculé pour voir la réaction et le comportement de jeunes chiens, en prenant garde de les empêcher d'aller trop au contact. Suivant le type, le gabarit de l'animal et la position dans laquelle il se trouve, on choisit la marche à suivre pour faire la prise. Si nous avons affaire à un jeune animal, « blaireautin » ou renardeau, on met un ou plusieurs jeunes chiens pour leurs faire tuer le jeune animal ou les jeunes animaux. En effet, sentant la présence du maître d'équipage,les jeunes chiens ont plus d'assurance.

Quand le ou les chiens tiennent l'animal, il n'y a plus qu'à s'en saisir à la main en se méfiant quand même des griffes et des dents des animaux.

Il est vrai que l'on a la sécurité, à condition de n'agir qu'entre personnes habituées demandant de la maîtrise dans les gestes pour ne pas blesser les hommes, les chiens, ni même l'animal (si on doit mettre fin à ses jours, ce n'est qu'une fois la prise faite). D'ailleurs c'est pour ces raisons que nous cherchons toujours à effectuer au maximum de prises de renards adultes à la main. Cela demande de l'adresse, du sang froid, de la maîtrise et une bonne coordination.

Il s'agit de tenir le goupil par le cou. Bien évidemment il n'est pas toujours aisé d'y parvenir quand celui-ci est acculé dans le fond d'un trou. Par devant, on peut essayer de lui occuper la gueule en lui faisant mordre un manche ou lui maintenir la tête écartée avec un outil, mais on prend le risque que la bête relâche l'objet pour préférer la main.  Le plus sage est de lui attraper la queue s'il la tient vers l'avant entre ses pattes comme il le fait souvent (il ne faut pas oublier que si l'on est parvenu à lui, c'est qu'il ne peut plus aller plus loin) ou bien de le contourner en creusant juste derrière lui, le devant de la galerie étant fermé par la pelle. Dès qu'on a sa queue, le simple fait de tirer dessus l'oblige à essayer d'aller dans l'autre sens en forçant sur ses quatre pattes.    Il s'agit alors de dégager juste ce qu'il faut en largeur pour passer l'animal. Avant de le sortir il faut lui attraper la peau du cou en glissant l'autre main sur ses reins jusque derrière ses oreilles (ou bien comme certains, le tirer en resserrant son corps entre ses deux bottes jusqu'à son cou ce qui permet de le lui saisir juste au moment où il sort). Il est bien entendu qu'il est préférable de bien sentir où on met les mains . Une fois la main derrière le cou, notre renard ne peut plus bouger et a le même comportement qu'un jeune chiot ramené par la peau du cou entre les mâchoires de sa mère.

Cette façon de faire les prises peut paraître inutilement compliquée pour certains, mais c'est un des quelques piments que nous aimons à ajouter à notre plaisir de chasser.   Il faut bien dire qu'en matière de chasse, la méthode la plus efficace n'est certainement pas la plus belle (sinon bientôt nous pourrions voir certains chasser le sanglier à coups de roquettes anti-chars.). 

La décision de supprimer l'animal a été prise, il faut le faire rapidement, proprement (avec une dague ou bien en cassant la colonne vertébrale de l'animal), à l'écart des regards trop sensibles si certains enfants assistent à la chasse, mais de toute façon en évitant tout acharnement malsain contre la dépouille de cet animal qui doit être respectée. Certaines personnes croient de bon ton de traiter un renard, surtout une fois mort, de tous les noms parce que concurrent dans ses prélèvements sur la population "gibier mangeable".

 Le renard, chez nous n'a pas trop de souci à se faire ... car il a très bien su s'adapter, et nous devons donc supprimer les prises, même si parfois on peut nous surprendre à sourire quand un goupil adulte, et donc reproducteur, réussit à nous échapper pour assurer d'autres portées pour l'année suivante..

 En conclusion, je peux dire que le déterrage est un art au sens propre du terme. Il nécessite un savoir faire que l'on acquiert au cours des années et des sorties. Aucune sortie ne ressemble à une autre, aucun terrier ne ressemble à un autre terrier. Il faut à chaque fois improviser, s'adapter, .... à l'animal que les chiens travaillent, au terrain, aux différents et aux différences des chiens ...

J'en profite pour remercier nos fidèles compagnons à 4 pattes, courageux, tenaces,intelligents, pugnaces, ....., car sans eux, le déterrage est impossible. N'oublions pas quand même que ce sont eux qui font tout le "boulot". Il faut y descendre à 2, 3 ou 4 mètres sous terre, souvent pour se battre, dans un boyau étroit, dans le noir absolu, en aboyant à un ou plusieurs animaux pendant des heures......

                                                                  

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